La vitamine D, vitamine du soleil

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On a pensé pendant longtemps que le rôle de la vitamine D se résumait à la consolidation des os. L’efficacité de l’huile de foie de morue, que l’on donnait autrefois aux enfants pour lutter contre le rachitisme, était dû à la présence de la vitamine D. Mais les récentes découvertes scientifiques montrent que la carence en vitamine D est aujourd’hui largement répandue et contribue à l’émergence de nombreuses maladies graves. Dans les lignes qui suivent vous aller découvrir combien la vitamine D se trouve au cœur du processus de vieillissement.

Le métabolisme de la vitamine D

Disons tout d’abord que le terme de vitamine D fait référence à deux molécules très voisines dérivées du cholestérol. L’une dénommée vitamine D3 (ou cholécalciférol) est synthétisée par les cellules de la peau sous l’effet des rayons ultraviolets B du soleil. L’autre dénommée vitamine D2 ( ou ergocalciférol) est un phytostérol provenant de certaines plantes, comme le champignon shiitake. On trouve également de la vitamine D3 dans les huiles de poisson des mers froides comme la morue.

Cependant, le soleil apparaît comme le facteur prépondérant de la biosynthèse de la vitamine D et les populations situées au nord de l’Europe et des USA manquent cruellement d’ensoleillement en hiver ce qui génère de graves carences en vitamine D, comme nous le verrons plus loin.

Mais les vitamines D2 et D3 n’ont pas d’action biologique directe sur l’organisme, elles doivent d’abord se transformer dans le foie ou dans la peau en 25-hydroxyvitamine D. Puis, enfin, il faut une dernière transformation en 1,25-dihydroxyvitamine D (communément appelée 1,25D) pour aboutir à la forme active. Ceci se réalise dans les reins, dans les cellules de l’immunité et dans les cellules de la peau. Finalement la peau apparaît comme le seul organe capable de réaliser l’ensemble du processus de synthèse sous l’effet des rayons UVB jusqu’à la forme active 1,25D.

La principale fonction de cette molécule 1,25D consiste à agir au niveau des gènes de pratiquement toutes les cellules du corps. On estime qu’au moins 1000 gènes sont régulés par 1,25D qui est la forme active de la vitamine D.

Schéma vitamine D

 

 

 

 

 

Vitamine D et santé osseuse

En favorisant l’absorption du calcium, la vitamine D aide à former et à entretenir des os solides. Les déficiences en vitamine D augmentent donc la faiblesse des os et des muscles et sont souvent responsables de l’ostéoporose. Cela serait davantage le manque de vitamine D que le manque de calcium qui serait responsable de l’ostéoporose aujourd’hui si fréquente. Selon une étude, 50 % des femmes ayant une fracture de la hanche ont des signes de déficience en vitamine D.

Chez les personnes âgées, une carence en vitamines D favorise le risque de chute et le niveau de dépendance.(1)
En outre, les personnes âgées carencées en vitamine D sont trois fois plus sujettes à être obligées de rentrer dans une maison de retraite que les autres.(2)

(1) Kerry Broe : a higher dose of vitamin D reduces the risk of falls in nursing
Home residents
J. of Am. Geriat. Soc. 2007, 55(2), 234-9
(2) Marjolein Visser : Low concentration of 25D in older person and the risk of
Nursing home admission
Am.J. of Clin. Nutr. 2006, 84(3), 616-22

La vitamine D protège du cancer

Depuis les années 1980, il existe une somme d’évidences qui montre la corrélation entre une déficience en vitamine D et le risque de cancer.

Lors d’une étude comparative publiée en juin 2007 et portant sur 1179 femmes ménopauséess on a observé une réduction de 77 % du risque de cancer dans le groupe supplémenté en vitamine D. (1)

Il est intéressant de se pencher sur une vaste étude épidémiologique réalisée par des chercheurs de la Harvard medical School. Ils ont suivi un groupe de 47.800 hommes pendant 25 ans. Ils ont ainsi observé une réduction de 35 % de la mortalité par cancer dans le groupe ayant un taux sanguin d’au moins 25 nanomol/litre. La réduction de la mortalité atteint même 45 % en ce qui concerne les cancers des voies digestives. (2)

Le docteur Cédric Garland de l’université de San Diego en Californie a publié en août 2007 dans la revue Nutrition Review une analyse reprenant les résultats de diverses études publiées. Il affirme ainsi que l’on pourrait supprimer un cancer du sein sur deux et un cancer du côlon sur deux avec un apport quotidien de 2000 unités internationales de vitamine D. Il ajoutait : « pour la première fois, nous disons que l’on pourrait chaque année dans le monde éviter 600 000 cas de cancers du sein et de cancers colo-rectaux. » (3)

De même, une bonne exposition au soleil permet d’obtenir une réduction de 50% du cancer de la prostate et de cancer du sein. Nous venons de voir que les UV déclenchent la biosynthèse de la vitamine D dans la peau. La vitamine D inhibe en effet la prolifération cellulaire et l’envahissement par les métastases. (4)

La vitamine D semble protéger les cellules du stress oxydatif (voir chapitre 3) qui conduit au cancer et en particulier au cancer de la prostate. Les dernières études montrent que « non seulement la vitamine D peut être utilisée comme traitement dans le cancer de la prostate mais aussi elle peut empêcher le cancer de la prostate de survenir » (5).

(1) JM. Lappe : Supplementation reduces cancer risk
Am. J. of Clin. Nutr. 2007, 85(6), 1586-91
(2) E. Giovannuci: Prospective study of predictor of vitamin D status and cancer incidence
J. Natl. Cancer Inst. 2006, 98(7), 451-9
(3) Cedric Garland : What is the dose relationship between vitamin D and cancer
Risk?
Nutr. Rev. 2007, 65, 591-5
(4) John Esther : Sun exposure and cancer risk
Am. J. of Epidemiol. 2007, October 12
(5)YF Lee Protective role of vitamine D3 against oxidative stress in non-malignant human prostate epithelial cells
Int J Cancer, 2008 Jun; 122(12), 2699-706

La vitamine D pour lutter contre les infections

Au début du XXe siècle la cure de soleil était le seul traitement connu de la tuberculose, sans que l’on n’en connaisse le mécanisme d’action. Grâce à Philip Lin et Robert Modlin de l’université de Californie à Los Angeles on sait aujourd’hui que la vitamine D, produite par la peau sous l’effet des rayons UV, stimule les cellules immunitaires pour produire un antibiotique dénommé Cathelicidine. Cet antibiotique naturel ayant une forte activité antibactérienne vis-à-vis d’un grand nombre de germes et en particulier le mycobacterium tuberculosis. Ainsi fut révélé l’activité mystérieuse de la cure de soleil !…(1) (2)

La vitamine D apparaît donc comme un excellent facteur anti-infectieux. On pense même que les infections saisonnières comme la grippe surviendrait en fin d’hiver lorsque les concentrations en vitamine D sont plus faibles et elles n’auraient rien à voir avec une augmentation supposée de l’activité virale à cette époque. (3)

En outre, comme nous le verrons plus bas, la vitamine D facilite la multiplication des cellules immunitaires.

(1) S. Yim Induction of cathelicidin in normal and CF bronchial epithelial cells by 1,25D
J. Cyst. Fibros. 2007, 6(6), 403-10
(1) I. Laaksi An association of serum vitamin D concentration <40nmol/l with acute respiratory tract infection in young Finnish men
Am. J. Clin. Nutr, 2007, 86(3), 714-7
(3) JJ. Cannell Epidemic influenza and vitamin D
Epidemiol. Infect. 2006, 134(6), 1129-40

La vitamine D combat le processus inflammatoire

Nous venons de le voir, la vitamine D stimule certaines cellules de l’immunité. En fait, il s’agit surtout d’une régulation de l’immunité et du processus inflammatoire qui accompagne la réponse immunitaire. La vitamine D agit comme un agent anti-inflammatoire en inhibant l’action de certaines cytokines pro-inflammatoires, tout en augmentant l’efficacité de certaines cellules destructrices comme les macrophages.

Nous avons vu dans la première partie de cet ouvrage combien l’inflammation est un processus global qui accélère le vieillissement et prédispose à de nombreuses maladies. L’inflammation se trouve en particulier au coeur du fameux syndrome métabolique dont nous avons beaucoup parlé.

Or la vitamine D apparaît aujourd’hui capable de lutter contre le syndrome métabolique et les pathologies associées telles que le diabète de type II. Une supplémentation en vitamine D freine la résistance à l’insuline.

En étouffant l’activité des médiateurs pro-inflammatoires la vitamine D pourrait aussi constituer un traitement dans la prévention des maladies cardiovasculaires. On sait en effet le rôle joué par l’inflammation dans ces pathologies.

L’influence déterminante de la vitamine D apparaît ainsi dans d’autres maladies associant à la fois l’inflammation et un déséquilibre immunitaire. C’est le cas en particulier des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques ou l’arthrite rhumatoïde. (1)

Les chercheurs viennent de noter par exemple que les malades atteints de sclérose en plaques ont un faible taux de vitamine D plasmatique. Par ailleurs les épidémiologistes ont noté une plus forte prévalence de cette maladie dans les pays nordiques.

Entre 1992 et 2004 une énorme étude à surveillé 7 millions de personnes de l’USArmy et de l’USNavy. Les soldats avec un taux sanguin au-dessus de 40 nanogrammes/ml avaient 62 % moins de risques d’avoir une sclérose en plaques que ceux dont la concentration était de 25ng/ml ou au-dessous.(2)

(1) S. Patel : Association between serum vitamin D metabolite levels and disease activity in patients with early inflammatory polyarthritis
Arthritis Rheum. 2007, 56(7), 2143-9
(2) J White Cell defenses and the sunshine vitamine
Scientific American, Nov 2007, 62-72

La carence en vitamines D accélère le vieillissement

Le docteur Brent Richard du King’s College à Londres vient de publier en Novembre 2007 dans la revue American Journal of Clinical Nutrition une étude qui éclaire d’un jour nouveau le rôle de la vitamine D au cours du vieillissement (1). Vous vous souvenez que dans le chapitre intitulé, « Influence des gènes sur le vieillissement » j’ai expliqué brièvement que, à chaque division cellulaire, les chromosomes perdaient une partie de leur extrémité dénommée « télomère ». Ce raccourcissement des télomères ralentit la vitesse et le nombre des divisions cellulaires et constitue donc une marque du niveau de vieillissement d’un individu.

Or le Docteur Brent Richard a montré que les télomères des globules blancs, cellules de l’immunité, sont nettement plus longs chez les personnes qui ont un taux plus élevé de vitamine D. Ceci signifie une multiplication plus active des cellules immunitaires. En outre, ces patients ont également un taux plus bas de la fameuse C Réactive Protéine qui est un indice du niveau de l’inflammation. Physiologiquement ces personnes seraient donc 7,6 années plus jeunes que le groupe avec un faible taux de vitamine D !

Si vous doutiez encore de l’intérêt d’une supplémentation en Vitamine D, ce dernier élément devrait vous convaincre.

Nous venons de voir l’importance primordiale de cette vitamine hormone sur de nombreuses maladies. À la lumière des récentes découvertes la vitamine D apparaît comme un agent majeur de la lutte contre le vieillissement et les maladies : ostéoporose, infections, cancer, syndrome métabolique, maladies inflammatoires et auto-immunes.

Le tableau ci-dessous illustre parfaitement ce que l’on peut attendre de la vitamine D.

Cancer du sein, de la prostate et du colon Risques de 30 à 50 % plus élevés avec un taux de vitamine D inférieur à 20ng/ml
Cancers des ovaires Risque cinq fois plus élevé en Islande et Norvège par rapport à l’Équateur
Tous cancers Diminution de 77 % du risque avec un apport de 1000 unités internationales par jour de vitamine D3
Sclérose en plaques 62 % de risques en moins avec un taux de vitamine D plasmatiques de 40ng/ml par rapport à 25ng/ml
Diabètes de type I Diminution du risque de 80% chez des enfants finnois recevant 2000 Unités Internationales de vitamines D3 durant leur première année

Source. Scientific American Nov.2007

Pour fixer les idées, précisons les teneurs plasmatiques standards préconisées :
30 à 45 ng/ml de vitamine D minimum suffisant pour être en bonne santé.
21 à 29 ng/ml de vitmine D teneur insuffisante accompagnée de perte osseuse.
<20 ng/ml très insuffisant, risque de rachitisme et de cancer.

Lors d’une étude réalisée dans divers pays d’Europe du Nord en 2005, 92 % des adolescentes avaient un taux de vitamine D inférieur à 20ng/ml, c’est-à-dire dramatiquement bas. (2)

Les peaux blanches synthétisent la vitamine D six fois plus vite que les peaux noires. C’est une des raisons pour lesquelles 42 % des afro Américaines sont sérieusement déficientes avec un taux sérique inférieur à 15ng/ml !

Comme vous le constatez le problème d’un apport supplémentaire de vitamine D se pose sérieusement surtout aux populations vivant sous nos latitudes(3).

(1) JB Richards Higher serum vitamin D concentrations are associated with longer telomere length in women
Am J Clin Nutr 2007 Nov, 86(5), 1420-5
(2) J White Cell defenses and the sunshine vitamine
Scientific American, Nov 2007, 62-72
(3) Rheinhold Vieth : The urgent need to recommend an intake of vitamine D that is effective.
Am. J. of Clin. Nutr. 2007, 85(3), 649-650

Où trouver la vitamine D ?

L’apport de vitamine D s’évalue en unités internationales : UI
En Europe, les besoins officiels recommandés sont :
– 200 UI par jour pour un adulte.
– 600 UI par jour pour une personne âgée.

En fait, les chercheurs estiment aujourd’hui que ces quantités sont très insuffisantes. Il faudrait un apport minimum de 1000 UI quotidien pour obtenir un taux de 30ng/ml de vitamine D dans le sang.

Le soleil est la première source de vitamine D. En été, 15 à 20 minutes le corps nu au soleil permet d’emmagasiner 10 000 UI.

Le manque de soleil et donc de vitamine D est maximum en hiver sous nos latitudes, mais aussi le reste de l’année chez ceux, nombreux, qui n’ont pas d’activités quotidiennes en plein air.

Les personnes âgées qui sortent peu sont encore plus vulnérables que les autres et risques d’être très carencées.

Les apports alimentaires en vitamine D sont généralement faibles. À titre d’exemple :
• une cuillère à soupe d’huile de foie de morue apporte 1300 UI de vitamine D3, c’est-à-dire les besoins quotidiens.
* 100g de thon, sardines, maquereau ou saumon apportent de 200 à 300 UI de D3
* 100g de champignons shiitake apportent 1000 UI de D2
* un jaune d’oeuf apporte seulement 20UI.

Les spécialistes en vitamine D recommandent aujourd’hui un apport de 1000 à 2000 UI quotidien de vitamine D durant les six mois d’hiver sous forme de complément alimentaire.

Pour bien ajuster vos besoins en vitamine D je vous recommande vivement de faire vérifier votre dosage sanguin.

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Cet article a été publié dans Les rendez-vous santé de Chantal et Yves PONROY.